Philippe de Valois - Jean Le Bon

📍 des-10-ans

Première phase : REVERS.

Pendant cette période, la France combat contre les Anglais. Elle subit de grandes calamités. Nos chevaliers, vaincus dans les batailles, un roi mourant en captivité, un autre devenant fou, la guerre civile s’ajoutant à la guerre étrangère : voilà le sombre tableau qui se déroulera sous nos yeux. Seul, le règne bienfaisant de Charles V interrompt cette longue série de malheurs qui se prolongera jusqu’au jour où la Providence interviendra en suscitant Jeanne d’Arc.

Philippe de Valois - Jean Le Bon

Philippe VI De Valois (1328-1350)

Dès la première année de son règne, Philippe de Valois remporta , à Cassel(1328), une grande victoire sur les Flamands révoltés.

Ce que nous apprend ce texte

Le trône disputé

Charles IV était mort sans laisser d’enfants. Deux princes revendiquaient sa succession :

  • Édouard III, roi d’Angleterre
  • Philippe, comte de Valois

La loi salique, qui excluait les femmes et leurs descendants de la succession au trône de France, écarta Édouard III.
Philippe, étant parent par les hommes, fut reconnu roi sous le nom de Philippe VI.
Il devint ainsi le premier roi de la branche des Valois.

Philippe de Valois en Flandre

Dès la première année de son règne, Philippe de Valois remporta une grande victoire à Cassel (1328) contre les Flamands révoltés.

Cette victoire obligea Édouard III, roi d’Angleterre, à venir rendre hommage au roi de France pour le duché de Guyenne.
Mais il en conserva un profond ressentiment.

Il n’attendait plus qu’un prétexte pour rompre la paix.
Les hostilités commencèrent de manière indirecte, d’abord en Flandre, puis en Bretagne.

Ainsi débuta la guerre de Cent Ans.

En Flandre

Les Flamands, révoltés contre leur comte Louis de Nevers, s’étaient choisis pour dictateur Jacques Arteweld,
un brasseur de bière, riche et ambitieux.

Édouard III d’Angleterre s’allia avec lui.
Les Flamands soutenaient volontiers l’Angleterre, qui leur fournissait la laine nécessaire à leurs fabriques de draps.

En 1340, les flottes anglaise et flamande réunies surprirent la flotte française au large de la Zélande, près du port de l'Écluse.
Elles la détruisirent presque entièrement.

Ce fut un désastre naval pour la France.

En Bretagne (1341)

L’année suivante, la guerre se transporta en Bretagne.

Deux hommes se disputaient la succession du duché :

  • Charles de Blois, soutenu par la France
  • Jean de Montfort, soutenu par l’Angleterre

Leur lutte donna lieu à une guerre longue et acharnée.
Les épouses des deux prétendants, toutes deux prénommées Jeanne, firent preuve d’une vaillance remarquable
durant la captivité de leurs maris.

C’est pourquoi ce conflit fut appelé la guerre des Deux Jeanne.

La guerre ne prit fin que sous le règne de Charles V.

Guerre directe – Invasion anglaise (1346)

En 1346, Édouard III débarque en Normandie.

Il ravage, pille, et incendie les campagnes, jusque tout près de Paris,
jetant l’effroi parmi les Parisiens.

Le roi Philippe VI marche alors contre lui.

L’armée anglaise, se repliant vers le nord, prend position près d’Abbeville,
sur les hauteurs de Crécy.

Défaite de Crécy (1346)

Les Anglais avaient pour eux :

  • une position élevée,
  • une discipline solide,
  • une direction habile.

Édouard III dirigeait le combat.
Son fils, le prince de Galles (¹), commandait les troupes.


Philippe VI engagea d’abord ses archers génois, exténués par une longue marche sous la pluie.
Leurs arcs détrempés les rendaient inutilisables. Ils rompirent les rangs et prirent la fuite.

Passez sur le corps de cette ribaudaille qui encombre le chemin !

À cet ordre brutal, la cavalerie française se lança en désordre.
Les archers anglais, abrités toute la nuit et prêts au combat, profitèrent du chaos.

Leurs traits criblèrent les fantassins et cavaliers français.
Pour la première fois, l’artillerie à canon de bois apparut sur un champ de bataille.

Trente mille Français périrent.

À la nuit tombante, le roi Philippe chercha refuge dans un château proche.
Le pont-levis refusant de s’abaisser, il s’écria :

Ouvrez, c’est l’infortuné roi de France !

On lui ouvrit, et on lui donna un cheval et des guides pour le conduire à Amiens.

Le siège de Calais (1347)

Après sa victoire de Crécy, Édouard III poursuit sa marche vers le nord et vient assiéger Calais.

La cité héroïque, étroitement bloquée, résiste vaillamment pendant onze mois.
Mais, épuisée et affamée, elle est contrainte de capituler.

Le roi d’Angleterre, irrité par une si longue résistance, veut passer tous les habitants au fil de l’épée.
Il ne consent à les épargner qu’à une condition :

Six des plus notables bourgeois doivent venir,

  • pieds nus,
  • la corde au cou,
  • lui remettre les clés de la ville,
  • et se livrer au bourreau.

Des sanglots, des cris, des regards d’horreur.
Le peuple cherche, tremblant, les six condamnés.
Les trouvera-t-on ?

Alors, un homme se lève : Eustache de Saint-Pierre, riche bourgeois de Calais.

J’ai si grande espérance d’obtenir pardon de Notre-Seigneur,
si je meurs pour sauver ce peuple,
que je veux être le premier.

Son exemple entraîne trois parents :

  • Jean d’Aire,
  • Jacques de Wissant,
  • Pierre de Wissant.
    Puis deux autres :
  • Jean de Vienne,
  • André d’Ardres.

La population, bouleversée, se jette à leurs pieds.

On les adora de pitié.

Tous pleurent en les accompagnant jusqu’au port.

Édouard, lui, reste froid. Il fait appeler le bourreau.

Mais alors survient la reine Philippine de Hainaut, en larmes.
Elle se jette à genoux devant lui :

Gentil sire,
c’est la première faveur que je vous demande.
Au nom du Fils de la Vierge Marie,
je vous prie d’avoir pitié de ces malheureux bourgeois.

Édouard cède :

Ah ! madame…
j’aimerais mieux vous savoir ailleurs qu’ici.
Je ne puis rien vous refuser.
Prenez-les, je vous les donne.


La reine sauva les six hommes.
Et ce jour-là, la grandeur du sacrifice et la pitié d’une reine écrivirent l’une des plus nobles pages de l’histoire de France.

Importance de Calais pour les Anglais

Calais, situé tout près des côtes anglaises, devenait un point stratégique majeur.
Il permettait aux Anglais de débarquer en France à leur convenance,
ouvrant une porte directe à l’invasion.

Le roi Édouard III disait avec justesse :

Je porte à ma ceinture la clef de la France.

Une fois la ville conquise et ses habitants chassés,
des familles anglaises vinrent repeupler Calais.

La cité devint ainsi une enclave anglaise en terre française,
que les rois d’Angleterre conserveront plus de deux siècles.

Acquisition du Dauphiné (1349) – Mort de Philippe VI (1350)

Avant de mourir, Philippe VI ajouta une grande et belle province au domaine royal.
Humbert II lui céda le Dauphiné en 1349.

Cet apanage² fut réservé aux fils aînés des rois de France,
qui prirent dès Charles V le titre de Dauphin.

Philippe acheta également la seigneurie de Montpellier.

Il mourut en 1350, laissant le trône à son fils Jean II, dit le Bon.

Jean le Bon et les États généraux (1355)

Jean II, surnommé le Bon ou le Brave pour son intrépidité,
avait besoin d’argent et de soldats pour lutter contre les Anglais.

En 1355, il s’adressa aux États généraux, qui, sans hésiter,
lui accordèrent des subsides destinés à entretenir une forte armée.


La bataille de Poitiers (1356)

Le Prince de Galles, qui avait gagné ses éperons à Crécy
et qu’on surnommait le Prince Noir, ravageait les provinces du centre.

Jean le Bon, à la tête de 50 000 hommes, marcha contre lui
et le cerna sur le plateau de Maupertuis, près de Poitiers.

Mais la témérité qui avait perdu la France à Crécy causa un nouveau désastre.

Les cavaliers français, impétueux mais désordonnés,
chargèrent sans discipline contre les retranchements anglais.

Les archers anglais, bien protégés, mirent vite en déroute la chevalerie française.


Le roi Jean, abandonné, se battit à la hache d’armes.
À ses côtés, son jeune fils Philippe³, âgé de quatorze ans, combattait vaillamment :

Père, à droite ! Père, à gauche !” s’écriait-il,
pour lui indiquer les coups à porter.

Malgré leur courage, Jean dut se rendre au Prince Noir,
qui le fit conduire à Bordeaux, puis à Londres

Régence du Dauphin Charles (1356–1358)

Le Dauphin Charles (futur Charles V) prit la régence avec le titre de lieutenant du roi.
Il convoqua les États généraux en 1356–1357.

Cette assemblée, turbulente et factieuse, favorisa :

  • l’ambition d’Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris,
  • les intrigues de Charles le Mauvais, roi de Navarre,
    prince fourbe et prétendant à la couronne.

Tous deux conspirèrent contre le Dauphin.

Étienne Marcel souleva la population parisienne,
entra de force dans le palais avec ses partisans,
et fit égorger les maréchaux de Champagne et de Normandie
devant le jeune prince, dont les vêtements furent éclaboussés de sang.

Pour éviter la mort, le Dauphin dut accepter sa protection.

Marcel voulut ensuite le garder prisonnier,
mais le Dauphin s’échappa, rallia les troupes fidèles des provinces,
et revint bloquer Paris.

Marcel, désespéré, tenta de livrer la ville à Charles le Mauvais.
Il s’apprêtait à lui ouvrir une porte de Paris,
lorsque Jean Maillard, échevin, lui fendit la tête d’un coup de hache.


La Jacquerie (1358)

Pendant ce temps, les campagnes,
soumises à de lourdes taxes et ravagées par les pillards,
se soulevèrent.

Les nobles appelaient avec mépris les paysans Jacques Bonhomme :

Il crie, mais il paiera.

Mais Jacques Bonhomme ne paya pas.
Poussé à bout, il prit les armes,
pilla, égorgea, brûla les châteaux,
et dévasta le pays.

Il fallut lever une armée entière pour réprimer cette insurrection,
bientôt appelée la Jacquerie.


Le traité de Brétigny (1360)

En 1360, le Dauphin Charles signa avec Édouard III le traité de Brétigny.

La France cédait à l’Angleterre :

  • la Guyenne,
  • le Poitou,
  • la Saintonge,
  • l’Aunis,
  • le Limousin,
  • Calais et son territoire.

Presque tout le pays au sud de la Loire était ainsi perdu.

Le roi Jean II, toujours prisonnier à Londres,
devait verser une rançon de trois millions d’écus d’or.

Rentré en France, et n’ayant pu réunir la somme,
il retourna de lui-même en prison,
où il mourut en 1364


¹ Prince de Galles. – Le pays de Galles est une vaste province située à l’ouest de l’Angleterre.
Elle fut conquise par le roi Édouard Ier, et depuis cette époque, le fils aîné des rois anglais porte le titre de Prince de Galles,
comme le fils aîné du roi de France porta le titre de Dauphin, après la cession du Dauphiné à la couronne.

² Apanage. – On appelait apanages les biens que le roi donnait à ses enfants ou aux princes
pour leur permettre de tenir dignement leur rang.
C’était ordinairement une province, mais cette province devait toujours revenir à la couronne
quand le prince qui l’avait obtenue mourait sans héritier.
Les princesses recevaient aussi des apanages, mais après Philippe Auguste, on ne leur donna plus qu’une dot en argent.

³ Ce Philippe, surnommé le Hardi, reçut plus tard de son père le duché de Bourgogne.
Il fut le fondateur de la maison de Bourgogne, qui joua un rôle majeur pendant la guerre de Cent Ans,
et s’éteignit avec Charles le Téméraire, vaincu par Louis XI.

Chargement des commentaires...