La France et la lignée mérovingienne
📍 des-10-ansLe Royaume des Francs
Cette leçon présente l’arrivée des Francs en Gaule, leur installation au nord du territoire et leur rôle dans la formation du royaume franc. Elle retrace les grandes étapes du règne de Clovis, ses victoires, son baptême à Reims et l’essor de la dynastie mérovingienne. Elle explique ensuite les partages du royaume, les rivalités entre héritiers, le rôle des rois mérovingiens et la montée en puissance des maires du palais.

Clovis (vers 466 – 511)
Une leçon pour comprendre comment les Francs se sont installés en Gaule, comment Clovis a renforcé leur royaume, et pourquoi la dynastie mérovingienne marque une étape importante dans la formation de la France.
Ce que nous apprend ce texte
LE ROYAUME DES FRANCS
Les Francs conquièrent la Gaule avec le roi Clovis. Les successeurs de Clovis en restent maîtres pendant 300 ans. Les querelles et les partages les affaiblissent. Ils se laissent dominer par les Maires du palais qui finissent par les remplacer sur le trône.
La nouvelle dynastie, appelée carlovingienne, atteint sa plus grande gloire avec Charlemagne, empereur d’Occident. Mais elle tombe en décadence à son tour. Les invasions des Normands lui portent le dernier coup. Elle est remplacée par une troisième race de rois, les Capétiens.
LES FRANCS ET LA RACE MÉROVINGIENNE
15. La Gaule est envahie par les barbares
Au Ve siècle, la Gaule fut envahie par des peuples barbares. Des forêts de la Germanie, où leurs tribus se trouvaient à l’étroit, sortirent tout à coup des guerriers pleins de force et d’audace qui eurent bien vite raison de la mollesse romaine.
Les Burgondes se taillèrent un royaume à l’est de la Gaule ; les Wisigoths s’établirent au sud ; les Francs conquirent le nord. La Gaule romaine, ainsi entamée de tous côtés, n’embrassait plus que le pays entre la Loire et la Somme.
De tous les peuples qui franchirent le Rhin, attirés par le doux climat et le sol fertile des Gaules, les Francs étaient les plus redoutables, et leur nom seul signifiait bravoure et liberté.
Note :
Barbares. — Les peuples barbares avaient une religion grossière et cruelle ; ils vivaient pauvrement, dans l’ignorance et la misère. La religion catholique les transforma et en fit des peuples civilisés.
16. Les Francs
Les Francs étaient de haute taille. Ils avaient les yeux bleus, de longues moustaches, des cheveux relevés en touffe au sommet de la tête, et tombant en arrière en manière de queue de cheval. Ils inspirèrent tout de suite une grande terreur aux Romains.
« Pour les vaincre, disaient ceux-ci, il faut les tuer. »
Dans les combats, les Francs lançaient, avec une merveilleuse adresse, une hache à deux tranchants qu’ils appelaient francisque. Ils saisissaient les boucliers de leurs ennemis avec un hangon, espèce de lance à crochet recourbé comme un hameçon, et ils maniaient habilement une longue pique nommée framée.
Leur religion ne leur parlait que de guerre et ne promettait de récompense qu’aux vaillants. Odin était le dieu des guerriers, et le Walhalla, un paradis où le bonheur consistait à combattre éternellement.
Les Francs se partageaient en tribus, obéissant chacune à un chef. La plus célèbre et la plus forte était la tribu des Francs Saliens.

Fig. 6. — Guerriers francs.
- Francisque, hache à deux tranchants.
- Épée suspendue à un baudrier.
- Bouclier.
4 et 5. Framées.
Les Francs portaient d’étroites tuniques et des chausses de toile maintenues par des bandelettes.
17. Premiers chefs des Francs
Les chefs n’obtenaient et ne conservaient leur autorité qu’en surpassant par le courage leurs meilleurs soldats. Aussi les premiers chefs ne cherchèrent que des occasions de combattre et de conquérir.
Vers 420, avec Pharamond, les Francs passèrent le Rhin ; avec Clodion le Chevelu, ils s’emparèrent de Tournai et de Cambrai ; avec Mérovée, ils arrêtèrent l’invasion d’Attila.
18. Attila et les Huns
Attila, chef des Huns, était plutôt un dévastateur qu’un conquérant. Il s’appelait lui-même le Fléau de Dieu, et disait que l’herbe ne repoussait jamais où son cheval avait mis le pied.
Il traînait à sa suite, non pas une armée, mais un peuple immense, avide de sang et de pillage. Ses cavaliers, petits, à face hideuse, au corps difforme, nourris de viande crue, macérée sous la selle des chevaux, inspiraient une telle épouvante, que les populations fuyaient à leur approche.
Venus des steppes (1) de l’Asie, et renforcés, en chemin, des peuplades qu’ils avaient vaincues, les Huns franchirent le Rhin au nombre de sept cent mille.
Si quelques villes échappèrent à la destruction, elles durent leur salut, non à la solidité de leurs remparts, mais à la sainteté de leurs évêques.
Troyes, qui n’avait point de fortifications, vit les Huns se retirer devant la miraculeuse intervention de saint Loup.
A Paris, une pieuse jeune fille, sainte Geneviève, exhorta les habitants à la résistance. Elle demanda des pénitences et des prières pour obtenir le secours du ciel, et Attila se détourna.
A Orléans, saint Aignan soutint un siège héroïque, assez longtemps pour permettre au général romain, Aétius, d’accourir et de délivrer la ville.
Tous les peuples de la Gaule se levèrent alors contre l’envahisseur. Mérovée marchait en tête des Francs, Théodoric, à la tête des Wisigoths, Gondioch à la tête des Burgondes.
Attila recula jusqu’à Châlons-sur-Marne (451). Là s’engagea une grande bataille qui dura une journée entière. Cent soixante mille hommes, dit-on, y trouvèrent la mort. A la nuit, les Huns regagnèrent leur camp.
Le lendemain, Attila reprit le chemin de la Germanie.
La Gaule était sauvée.
Mérovée, un des héros de cette victoire, mérita de donner son nom à la première race des rois francs, que l’on a appelés les Mérovingiens.
(1) Steppes. — Le mot steppes signifie landes. Ce sont de vastes terrains couverts d’herbages, tantôt privés d’eau, tantôt coupés de marais. Des steppes immenses s’étendent au nord de la Russie et dans la Sibérie. En France, les Landes et la Sologne sont de véritables steppes.

CLOVIS
481-511
(Roi pendant 30 ans. — Mort à 45 ans.)
19. Avènement de Clovis
Clovis, fils de Childéric, et petit-fils de Mérovée, n’avait que quinze ans lorsqu’il succéda à son père.
Il ne commandait qu’à une petite armée de cinq mille hommes, mais il était hardi, ambitieux, habile. Il rêvait de conquérir la Gaule entière. Il attaqua d’abord les Romains.
20. Bataille de Soissons (486)
Clovis apparut à l’improviste à Soissons, capitale des possessions romaines et résidence du général Syagrius. Celui-ci eut à peine le temps de rassembler ses troupes qui furent taillées en pièces au premier choc.
Outre les terres qu’ils allaient pouvoir se partager, les Francs devenaient possesseurs d’un immense butin.
Parmi les dépouilles, se trouvait un vase précieux appartenant à l’église de Reims. L’évêque, saint Remi, envoya un messager à Clovis pour le réclamer.
Au moment de distribuer les parts, le roi demanda l’objet sacré : tous ses guerriers consentirent à la restitution. Un seul, poussé par la jalousie, refusa, et d’un coup de francisque, brisa le vase, en s’écriant :
« Tu n’auras, ô roi, que ce que le sort t’accordera. »
Clovis remit les débris du vase aux envoyés de saint Remi, et dissimula sa colère ; mais l’année suivante, passant une revue, Clovis s’approcha de ce même soldat, lui adressa de vifs reproches sur le mauvais état de ses armes, qu’il jeta brusquement sur le sol.
Comme le soldat se baissait pour les ramasser, Clovis lui fendit la tête en disant :
« C’est ainsi que tu as frappé le vase à Soissons. »

21. Mariage de Clovis (493)
Clovis, maître du nord de la Gaule jusqu’à la Loire, désira contracter une alliance digne de sa puissance.
Alors vivait à Genève une jeune princesse catholique, Clotilde, célèbre par sa beauté et ses vertus. Clovis la demanda en mariage.
Mais elle était sous la garde de son oncle, le roi des Burgondes, le cruel Gondebaud, qui avait fait périr tous les parents de Clotilde, et ne voulait point consentir au départ de la jeune princesse.
Il n’osa pas cependant répondre par un refus à son redoutable voisin, et la chrétienne Clotilde devint reine des Francs encore païens.
Elle employa tout son zèle à convertir le roi, mais longtemps ses efforts furent vains. Clovis restait attaché à ses grossières croyances.
Enfin, Dieu exauça les prières de Clotilde : un miracle vint changer le cœur du monarque idolâtre.
22. Bataille de Tolbiac (496)
Les Alamans, peuple germanique, venaient d’envahir la Gaule. Clovis les atteignit près de Tolbiac, et leur livra bataille.
Cette fois, le succès parut le trahir. Ses soldats pliaient ; lui-même était blessé. Dans ce péril, il se souvint du Dieu qu’adorait Clotilde, et il l’invoqua en ces termes :
« Dieu de Clotilde, j’implore ton assistance. Si tu me donnes la victoire, je croirai en toi, et je me ferai baptiser. »
A peine a-t-il prononcé ce vœu, que ses troupes se rallient, combattent avec une ardeur surhumaine, et remportent la victoire.
Voilà ce qui a fait dire, avec raison, « que notre pays est né d’un acte de foi sur un champ de bataille. »
23. Conversion de Clovis
Clovis tint sa promesse. Saint Remi lui enseigna les mystères de la religion catholique, à lui et à ses principaux guerriers.
Le baptême fut fixé au jour de Noël, 496. L’église de Reims, ornée et illuminée, reçut les nouveaux convertis. Clovis, tout ébloui, se demanda s’il entrait dans le paradis.
L’évêque lui versa l’eau sainte sur le front en lui disant :
« Baisse la tête, Sicambre (1), adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. »
Trois mille soldats et beaucoup de gens du peuple furent baptisés le même jour.

Fig. 7. Baptême de Clovis.
Le jour de Noël 496, dans l’église de Reims, Clovis reçut le baptême des mains de l’évêque saint Remi. Trois mille de ses guerriers furent baptisés le même jour.
Clovis était alors le seul souverain catholique, aussi la France fut-elle appelée la fille aînée de l’Église.
(1) Les Sicambres formaient une tribu germanique célèbre par le courage et la fierté.
Le mot sicambre, dans la bouche de saint Remi, avait peut-être même le sens d’homme fier.
24. Bataille de Vouillé (507)
La conquête de la Gaule se poursuivit activement. Le roi des Burgondes, Gondebaud, dut payer un tribut (500).
Le roi des Wisigoths, Alaric II, possédait, au sud de la Loire, un vaste royaume. Clovis battit les Wisigoths à Vouillé, près de Poitiers, tua Alaric de sa propre main, et étendit sa domination jusqu’aux Pyrénées (507).
25. Puissance de Clovis
Clovis se trouva maître des Gaules. Il se montra sage législateur et politique adroit dans son gouvernement, comme il s’était montré grand capitaine sur les champs de bataille.
Le fondateur de la monarchie franque n’avait que 45 ans lorsqu’il mourut, en 511, à Paris, dont il avait fait sa capitale. Il laissait quatre fils qui se partagèrent son royaume.
26. Les successeurs de Clovis (511-561)
1er partage
Le partage du royaume se fit sans querelle, grâce à la prudence de la reine Clotilde, qui maintint l’union parmi ses enfants.
Thierry, l’aîné, eut l’Austrasie, ou pays de l’Est, du côté du Rhin, avec Metz pour capitale ; — Clodomir régna à Orléans, — Childebert, à Paris — et Clotaire, à Soissons.
Ces quatre rois, d’humeur guerrière et audacieuse, firent des expéditions dans les pays voisins.
Clodomir mourut le premier à Véseronce, dans une expédition contre les Burgondes. Il laissait trois enfants en bas âge.
Childebert et Clotaire attirèrent traîtreusement les petits princes dans leur palais, et les mirent à mort pour s’emparer de l’héritage de leur frère.
Enfin, Clotaire resta seul survivant, et commanda à toute la Gaule de 558 à 561.
27. Les successeurs de Clotaire (561)
2e partage
A la mort de Clotaire, ses quatre fils se partagèrent de nouveau le royaume.
Caribert eut Paris — Gontran, la Bourgogne — Sigebert, l’Austrasie — Chilpéric, la Neustrie.
Caribert mourut peu de temps après le partage. Il ne resta que trois royaumes.
Gontran essaya de maintenir la paix, mais l’Austrasie, ou pays de l’Est, peuplé surtout de Francs, entra en lutte avec la Neustrie, pays de l’Ouest, peuplé surtout de Gallo-Romains.
Deux reines, Brunehaut, d’une intelligence et d’une énergie remarquables, et Frédégonde, célèbre surtout par ses crimes et ses cruautés, soutinrent cette lutte avec acharnement.
Brunehaut se défendit jusqu’à l’âge de 80 ans. Le fils de Frédégonde, Clotaire II, parvint à s’emparer d’elle, et la condamna à un horrible supplice. Il la fit attacher à la queue d’un cheval indompté, qui l’emporta dans une course folle à travers la campagne, et mit en pièces le corps de la malheureuse reine d’Austrasie.
Après cette mort, la Gaule ne forma plus qu’un même royaume, et Clotaire II se trouva seul roi (613-628).
Son fils, Dagobert (628-638), gouverna aussi toute la Gaule avec sagesse et avec gloire. Il se montra sévère, fit observer la justice, respecter les lois, fonda des abbayes, construisit la basilique de Saint-Denis, qui devint la sépulture royale, et s’entoura de sages conseillers, parmi lesquels on peut citer saint Eloi et saint Ouen.
A cause de sa sagesse, de sa puissance, de l’éclat de sa cour, Dagobert mérita le surnom de Salomon des Francs.
28. Les rois fainéants
Les successeurs de Dagobert moururent presque tous jeunes, et n’eurent ni le temps, ni force d’accomplir de grandes actions.
Ils vivaient dans de vastes fermes appelées villas. L’histoire les désigne sous le nom de rois fainéants.
29. Les maires du palais
Les intendants de la maison du roi, appelés maires du palais, chargés d’abord de diriger les serviteurs et de veiller sur la personne du souverain, transformèrent peu à peu leur rôle de premiers domestiques en celui de premiers ministres.
Bientôt même le roi fut mis au second rang et le maire du palais, qui ordonnait, combattait et gouvernait à sa guise, apparut comme le véritable chef de l’État.
Les principaux maires du palais furent, en Neustrie, Ebroïn et Berthaire ; en Austrasie, cette haute dignité appartint à la famille d’Heristal, dont les principaux chefs furent Pépin de Landen, Pépin d’Héristal, Charles Martel et Pépin le Bref.

Fig. 8. — Villa mérovingienne.
Ces villas étaient de grandes fermes où les derniers Mérovingiens vivaient retirés, pendant que les maires du palais gouvernaient le royaume.
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